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Le Zimbabwe attend, sous forte tension, l’annonce imminente des résultats de la présidentielle

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Le Zimbabwe attend, sous forte tension, l’annonce imminente des résultats de la présidentielle
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AFP
/ PATRICK MEINHARDT

Les premiers résultats de l’élection présidentielle au Zimbabwe étaient attendus jeudi soir dans un climat très tendu, avec l’armée qui patrouillait dans les rues de la capitale Harare après une répression meurtrière la veille de manifestants de l’opposition.

Mercredi soir, à la suite de ces violences qui ont fait six morts et plusieurs blessés, le gouvernement a prévenu qu’il ne « tolérerait » aucune contestation.

« Les résultats de l’élection présidentielle commenceront à être annoncés ce soir à partir de 22H00 (20H00 GMT) », a indiqué jeudi le porte-parole de la commission électorale (ZEC), Qhubani Moyo, pressé par la communauté internationale de les publier au plus vite. « Nous espérons que tous les résultats seront annoncés aujourd’hui », a-t-il précisé à l’AFP.

L’élection se joue entre le chef de l’Etat Emmerson Mnangagwa, l’ancien bras droit de Robert Mugabe tombé en novembre, et Nelson Chamisa, récemment propulsé à la tête du Mouvement pour le changement démocratique (MDC).

Les résultats de ce scrutin, organisé lundi à l’occasion des premières élections générales depuis la chute de Robert Mugabe après trente-sept ans au pouvoir, font l’objet de toutes les spéculations.

Le chef de l’opposition, Nelson Chamisa, a maintenu jeudi qu’il avait remporté la présidentielle, et il a de nouveau accusé la commission électorale de « manipuler » les résultats.

Le parti au pouvoir depuis l’indépendance en 1980, la Zanu-PF, a également revendiqué la victoire. « Je sais que nous avons remporté l’élection présidentielle, nous attendons simplement l’annonce » officielle, a déclaré à la presse un haut responsable du parti, Paul Mangwana.

Lundi, les Zimbabwéens se sont déplacés dans le calme et en masse pour ces élections générales historiques qui devaient marquer un tournant dans l’histoire du pays où les élections ont été régulièrement entachées de fraude et de violence.

Mais mercredi, après l’annonce de la victoire écrasante aux législatives de la Zanu-PF, le parti au pouvoir depuis 1980, la situation a dégénéré dans la capitale, où l’armée à tiré à balle réelle contre des manifestants qui criaient à la fraude.

Le président Emmerson Mnangagwa a appelé jeudi à l’apaisement, affirmant voulant résoudre « pacifiquement les différends » avec l’opposition.

Il a aussi assuré avoir été en discussion avec son chef, Nelson Chamisa, pour tenter de « désamorcer » la crise.

L’intéressé, qui se rendait au chevet de victimes de la répression, a démenti, affirmant « n’avoir eu aucune communication avec lui ».

Il a également rejeté l’idée d’un gouvernement d’unité. « Pas de gouvernement d’unité. Il faut un gouvernement du peuple élu par le peuple », a-t-il dit.

Centre-ville désert

La communauté internationale s’est inquiétée de ces tensions post-électorales. Le Royaume-Uni, ancienne puissance coloniale du Zimbabwe, a demandé à Harare de retirer l’armée des rues de la capitale.

Le Commonwealth a « catégoriquement dénoncé l’usage excessif de la force contre des civils non armés » et demandé à la commission électorale d' »annoncer, sans plus attendre, tous les résultats des élections ».

Des policiers anti-émeutes étaient jeudi stationnés devant le siège du MDC, tandis que des militaires gardaient les bureaux de la Zanu-PF et incitaient les habitants à partir du centre-ville.

A 15 heures (13H00 GMT), les magasins étaient fermés et les rues désertes.

« Quelle perte de temps de s’être inscrit sur les listes électorales, d’avoir voté pour avoir au final des gens tués », a estimé, dépitée, Sharon Nhamo, une employée de parking de 40 ans.

Le président Mnangagwa, soucieux de se démarquer de son prédécesseur, avait promis des élections libres, pacifiques et transparentes, dans l’espoir d’attirer de nouveaux les investisseurs occidentaux dans son pays au bord de la faillite.

« C’est vraiment décevant », a réagi un autre habitant d’Harare, Timie Manuwere, 37 ans, expliquant cependant ne pas être surpris. « Je ne m’attendais pas à ce que les choses changent beaucoup avec les élections. Il était très improbable que ces gars abandonnent juste le pouvoir au bout de huit mois. ll faut aussi qu’ils profitent du coup. »

Emmerson Mnangagwa a succédé à Robert Mugabe à la suite d’un coup de force de l’armée, qui a contraint le nonagénaire à démissionner. Le nouveau président a confié à plusieurs militaires des postes clés dans son gouvernement.

« Nous avons tous été naïfs, y compris la communauté internationale », a estimé Ibbo Mandaza, un analyste du groupe de réflexion Southern African Political and Economic Series (SAPES) basé à Harare.

« Nous avons refusé d’appeler un coup un coup et la communauté internationale a été naïve de penser que les élections seraient libres et justes sous un gouvernement militaire », a-t-il déclaré à l’AFP.

Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue au premier tour de la présidentielle, un second tour sera organisé le 8 septembre.

bur-bed/jpc

02/08/2018 21:58:53 – 
        Harare (AFP) – 
        © 2018 AFP

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