Économie

Grève à Ryanair: Est-ce la fin du modèle du pionnier de l’aviation low-cost?

Des pilotes Ryanair en grève à l'aéroport de Charleroi en Belgique, le 10 août 2018.

Des pilotes Ryanair en grève à l’aéroport de Charleroi en Belgique, le 10 août 2018. — ISOPIX/SIPA

Un conflit social d’une ampleur inédite. Ce vendredi, les pilotes de la compagnie aérienne Ryanair sont 
en grève dans cinq pays : en Irlande, Suède, Allemagne, Belgique et aux Pays-Bas. Plus de 400 vols ont été annulés et 55.000 passagers sont concernés par ce mouvement social.

Fin juillet, une grève européenne avait déjà été organisée par les personnels dans quatre pays. C’est une première dans l’histoire de ce pionnier du low-cost aérien, fondé en 1984, qui voit son modèle mis à mal.

Les pilotes dénoncent des conditions de travail low-cost

Les pilotes de Ryanair se sont coordonnés pour exiger de meilleures conditions de travail. Leurs syndicats reprochent à l’entreprise sa politique salariale agressive, le recours à des contrats précaires et du dumping social, alors que la compagnie devrait engranger plus de 1,25 milliard d’euros de bénéfices en 2018,

Selon eux, Ryanair impose des contrats de travail irlandais plus flexibles aux personnels navigant, même s’ils vivent hors d’Irlande. La direction se justifie en disant que la majeure partie du travail se fait à bord d’avions immatriculés en Irlande. Ce fonctionnement permet non seulement à Ryanair de payer moins de taxes et de charges sociales et d’éviter des surcoûts administratifs, mais aussi de faciliter les transferts d’une base à l’autre, au sein des 22 pays desservis par la compagnie.

« Cela a donné un énorme avantage concurrentiel à Ryanair, mais ce modèle touche à sa fin », juge Dirk Polloczek, de l’European Cockpit Association, le syndicat de pilotes paneuropéen, cité par Le Monde. En effet, « le marché a changé et les pilotes ont d’autres opportunités. Ryanair va devoir changer, sinon il finira par ne plus y avoir assez de pilotes ».

Apparition de syndicats

Le malaise social a enflé chez le personnel de Ryanair dans toute l’Europe ces derniers mois et le modèle de la compagnie est de plus en plus critiqué en interne. Après plusieurs grèves nationales, cette grève touchant cinq pays devrait avoir un impact plus important en matière de perturbation du trafic aérien. En effet, lors des mouvements sociaux nationaux, la compagnie peut remplacer les grévistes par leurs collègues de pays voisins.

C’est le signe que les personnels veulent s’organiser et pouvoir dialoguer avec la direction. A ce jour, la compagnie n’a pas signé de convention collective. Mais les choses pourraient changer. Ryanair a déjà évolué à l’automne 2017, en reconnaissant pour la première fois des syndicats, puis en augmentant les salaires des pilotes de 20% en 2018. Une égratignure au principe du low cost, qui n’a pas apaisé la fronde des syndicats de pilotes qui ont organisé de nouvelles grèves cette année.

Grogne du côté des passagers

Pour autant le dialogue social n’a pas vraiment pris. La direction a ainsi qualifié la grève de ce vendredi d’« inutile ». Cette position semble difficilement tenable, d’autant qu’un front s’est aussi ouvert pour Ryanair avec la question du dédommagement des passagers affectés par la grève. La compagnie refuse pour le moment de les indemniser mais une association belge de consommateurs a prévu fin août une action en justice.

En outre, les grèves ont déjà un peu grignoté le bénéfice net de la compagnie, qui a baissé de 20 % entre mars et juin dernier, rapporte Le Monde.

 

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