Économie

«Gilets jaunes» : les autorités anticipent une mobilisation plus forte samedi 12 janvier

Plus forte et plus «radicale». Voilà à quoi s’attendent les autorités pour la journée de samedi 12 janvier et l’«acte 9» des «gilets jaunes», à Paris notamment. Après une baisse régulière du nombre de personnes mobilisées au cours des week-ends de la fin du mois de décembre, le samedi 5 janvier dernier a marqué une nouvelle hausse de la participation (environ 50.000 manifestants selon les autorités), émaillée de violences qui ont choqué. Et semble avoir donné lieu, du même coup, à une dynamique nouvelle dans ce mouvement.

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Dans une interview au média en ligne Brut, vendredi, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a souligné la «part de responsabilité» des personnes appelant à manifester samedi alors qu’ils «savent qu’il y aura de la violence». «On peut appeler à la révolte, on peut appeler à la casse, certains le font, mais alors qu’ils assument leurs responsabilités», a-t-il également affirmé.


À PARIS

Une partie des «gilets jaunes» mobilisés entend se rassembler une nouvelle fois à Paris. Deux pages d’événements en ce sens rassemblent largement. «Acte 9 Tous à Paris» réunit vendredi après-midi 2800 internautes ayant indiqué leur intention de participer et 19.000 qui se disent intéressés. «Actes 9: Paris Nous Revoilà!!!» rassemble lui 3100 participants déclarés et 16.000 personnes intéressées.

Sur cette deuxième page, un lieu précis de rassemblement est indiqué: La Défense. Aucune certitude, toutefois, sur le fait qu’il s’agirait bien du lieu de rendez-vous: le 22 décembre, un appel à se rassembler à Versailles avait ainsi été lancé et relayé par Éric Drouet, voix importante au sein des «gilets jaunes». Celui-ci avait finalement publié un seul mot, «Montmartre», pour inviter les personnes mobilisées à le rejoindre à ce nouveau point de rendez-vous, de façon à prendre de court les forces de l’ordre.

Selon une source policière à BFMTV, quatre déclarations de manifestation ont été déclarées auprès de la préfecture de police de Paris.

5000 policiers mobilisés

«Nous pensons que la mobilisation sera plus forte que samedi dernier d’une part et que le comportement au sein des groupes qui seront présents sera marqué par plus de radicalité, plus de tentations de violences», a de son côté annoncé le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, sur CNews.

Le préfet de police a indiqué que le dispositif policier allait donc retrouver son niveau de la mi-décembre, avec 80.000 policiers et gendarmes mobilisés dont 5000 à Paris et la mobilisation de 14 véhicules blindés. Ce type de véhicules avait été mobilisé pour la journée du 8 décembre. En plus du renforcement de la présence policière, le secteur des Champs-Élysées incluant l’Élysée et la place de la Concorde sera interdit d’accès dès 6 heures, selon BFMTV.


À BOURGES

Depuis le début du mouvement, les mobilisations ont lieu dans différentes régions. Cette fois pourtant, le rassemblement à Bourges, ce samedi, n’a pas la même teneur que ceux des semaines précédentes. Un appel à rallier cette ville du Cher circule en effet très largement dans les réseaux de «gilets jaunes».

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La question d’un appel à un rassemblement national dans une ville autre que Paris a régulièrement alimenté les discussions sur Facebook depuis le début du mois de décembre. Après les violences des 24 novembre et 1er décembre, de nombreux internautes suggéraient des rassemblements dans d’autres villes pour sortir de cette confrontation, ou pour gêner les opérations de maintien de l’ordre.

Cette motivation liée aux forces de l’ordre a été confirmée par Maxime Nicolle dans son interview à Konbini, mercredi: «On voulait une ville un peu moins connue des forces de l’ordre, pour éviter qu’il y ait du nassage de fait, de la tension qui monte», a expliqué cette figure du mouvement, plus connue sous le pseudonyme de Fly Rider.

Autre raison de ce choix: trouver une destination centrale, comme l’annonce le nom de l’événement «Acte 9: Rassemblement des Gilets Jaunes au centre de la France». Vendredi après-midi, 2700 personnes avaient signalé leur intention de participer, et 13.000 personnes se disaient intéressées. Cet appel à rejoindre Bourges a également été relayé par Priscillia Ludosky, autre figure du mouvement.

Les «gilets jaunes» devraient se retrouver à partir de 8 heures dans la ville, avant un premier rendez-vous fixé à 10 heures, place Seraucourt. Certains «gilets jaunes» seront présents plus tôt, sur place, pour guider les arrivants. Une «allocution en réponse aux vœux du président» est ensuite prévue, avant une «marche pacifique» à 14 heures. «Le but étant de montrer que ça se passe pas qu’à Paris qu’on est nombreux aussi en province et que les GJ ne sont pas des casseurs», affirme une page locale de «gilets jaunes», invitant à «protéger les commerçants». Une préoccupation récurrente dans les messages liés à l’événement.

Manifestation interdite dans le centre-ville

Dès les premiers signes d’une volonté de se rassembler à Bourges, la municipalité a opté pour des mesures de sécurité. Le maire de la ville, Pascal Blanc, a ainsi fait retirer une partie des horodateurs et a décidé la fermeture de plusieurs lieux publics, samedi. L’heure était à l’inquiétude, vendredi, dans la commune, dont plusieurs enseignes se barricadent. La cathédrale sera également fermée toute la journée.

«J’ai rencontré hier soir des “gilets jaunes” de la ville qui m’ont dit leur crainte d’être dépassés par l’événement», a affirmé le maire à La Croix . Pascal Blanc a cependant publié une lettre ouverte, vendredi matin, dans laquelle il détaille les mesures prises, en accord avec la préfecture. L’élu s’y défend également de vouloir mettre la ville «sous colche» ou à «faire une opération “ville morte”».

La préfète du Cher a annoncé, vendredi, que toute manifestation serait interdite dans le centre-ville de Bourges – et non sur tout le territoire de la commune – pour la journée de samedi. Dans un communiqué, Catherine Fourrier souligne que «l’ampleur prévisible» de la manifestation de samedi s’annonce «sans commune mesure avec les précédentes marches pacifiques qui se sont déroulées dans la commune de Bourges ces dernières semaines» et qui ont rassemblé, au plus, 400 personnes selon la préfecture.

«Il est extrêmement difficile d’avoir une idée précise du nombre de personnes» qui se mobiliseront, précise Catherine Fourrier au Figaro. La préfète confirme que la manifestation de samedi n’est pas déclarée du point de vue légal par des «gilets jaunes». Une telle déclaration a toutefois été validée par la CGT, qui a indiqué vouloir rejoindre le cortège à partir de 13 heures. L’itinéraire prévu emprunte les boulevards autour du centre de la ville.

Des «gilets jaunes» ont néanmoins été reçus à la préfecture, avec laquelle ils sont en contact depuis plusieurs semaines, à l’occasion des rassemblements précédents. Ils ont fait connaître leur volonté de suivre ce même itinéraire, en dehors du centre-ville, «dans un souci pacifique», explique Catherine Fourrier. La préfète souligne cependant l’absence de garantie quant à savoir si l’ensemble des manifestants adoptera la même démarche. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a estimé auprès de Brut que «ceux qui appellent à se mobiliser à Bourges n’ont pas le courage d’assumer leur choix jusqu’au bout» en déclarant leur manifestation en préfecture.

Aucun chiffrage précis des effectifs de police mobilisés n’est communiqué par la préfecture. L’ampleur du dispositif policier sera toutefois plus importante que lors des précédents samedis: des renforts qui ne sont pas issus du département seront déployés, pour la première fois depuis le début du mouvement.


SUR L’ENSEMBLE DE LA FRANCE

Outre ces deux points de crispation que seront Paris et Bourges, samedi, d’autres mobilisations sont attendues en France. Sur l’ensemble du territoire, «nous anticipons le fait qu’on puisse revenir à un niveau de mobilisation qui se situe avant les fêtes de Noël», a expliqué vendredi le directeur général de la police nationale (DGPN), Éric Morvan au micro de France Inter.

Des actions ont été annoncées dans plusieurs villes, ainsi que des blocages, comme lors des précédents samedis de mobilisation, notamment à Bordeaux, Marseille, Toulouse, Lyon, Strasbourg, Lille, Nantes, Rennes. Certaines actions marquantes sont annoncées, comme un appel à marcher sur le Viaduc de Millau. À Reims, les manifestations ont été interdites pour les journées des 12 et 13 janvier, face à l’annonce d’une «traversée urbaine» sur les réseaux sociaux, précise la préfecture.

Pour la première fois, un syndicat a également appelé à se joindre au mouvement. Il s’agit de Solidaires.

En marge des appels aux rassemblements habituels, de nombreux messages au sein des groupes de «gilets jaunes» invitent cette semaine la communauté des gens du voyage à se mobiliser. Ces appels sont directement liés au boxeur Christophe Dettinger, placé en détention provisoire après avoir été filmé en train de frapper un gendarme mobile, surnommé «le gitan de Massy» car faisant lui-même partie de cette communauté. De nombreux internautes ont relayé et commenté ces appels, souvent accompagnés de menaces de violences. Le sujet occupe une très large place des échanges depuis plusieurs jours au sein des discussions de «gilets jaunes», comme le souligne Le HuffPost.

Par ailleurs, un appel à retirer l’argent des banques a été lancé par plusieurs «gilets jaunes», dont Maxime Nicolle, dans le but de perturber le fonctionnement des établissements bancaires.

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