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États-Unis: le sénateur Franken démissionne en plein scandale sexuel

De notre correspondant à Washington

Accusé de «comportements inappropriés» par au moins huit femmes, le sénateur démocrate du Minnesota, Al Franken, 66 ans, a annoncé ce jeudi sa démission de la Haute assemblée, effective «dans les prochaines semaines». Cet ancien humoriste et comédien de l’émission Saturday Night Live était passé à la politique en se faisant élire au Sénat de justesse en 2008, avec 312 voix d’avance. En 2014, il avait été réélu avec une nette majorité de 53.2%.

Ces dernières semaines, l’ex-saltimbanque s’est retrouvé pris dans le tourbillon des accusations de harcèlement ou d’agressions sexuelles qui ont secoué les milieux américains du cinéma, des médias et de la politique. Leeann Tweeden, une animatrice de radio californienne, a accusé Franken de l’avoir embrassée de force en 2006 lors d’une tournée en Afghanistan pour soutenir le moral des soldats puis, photo à l’appui, d’avoir touché sa poitrine pendant son sommeil. Dans la foulée, plusieurs autres accusatrices se sont manifestées – quatre d’entre elles anonymement – lui reprochant des gestes déplacés ou des baisers forcés.

«Servir au Sénat a été le plus grand honneur de ma vie, et rien de ce que j’ai fait n’a jeté le déshonneur sur cette assemblée »

Al Franken

Franken s’est défendu, ce jeudi, devant ses collègues, affirmant que «certaines allégations ne sont tout simplement pas vraies» et qu’il a «un souvenir différent de certaines autres. Je suis fier d’avoir utilisé mon pouvoir au Sénat pour défendre la cause des femmes. Je sais qui je suis vraiment. Servir au Sénat a été le plus grand honneur de ma vie, et rien de ce que j’ai fait n’a jeté le déshonneur sur cette assemblée». S’il démissionne néanmoins, après s’être soumis à une enquête du Comité d’éthique, c’est parce que son parti l’a lâché. Au moins une quarantaine de sénateurs démocrates l’avaient appelé à renoncer à son fauteuil depuis qu’une huitième accusatrice s’était manifestée mercredi. En première ligne, les sénatrices Kirsten Gillibrand de New York, Mazie Hirono de Hawaï, Kamala Harris de Californie et d’autres, qui suivaient de près le dossier et ont coordonné leurs appels à ce qu’il rende les armes. «Ça suffit, a lancé Kirsten Gillibrand sur Facebook. Les femmes qui ont témoigné sont courageuses et je les crois.»

Le président du Parti démocrate, Tom Perez, et le chef de la minorité à la chambre haute, Chuck Schumer, ont suivi. «Je considère le sénateur Franken comme un ami cher et je respecte beaucoup son travail, mais il a une obligation supérieure envers ses électeurs et le Sénat, et il doit se retirer immédiatement», a déclaré Schumer.

«Changement culturel»

Dans cet épisode, le Parti démocrate espère prendre l’ascendant moral sur les républicains avec, à la clef, un avantage décisif sur l’électorat féminin (52% des votants) lors des prochaines élections – législatives en 2018 et présidentielle en 2020. Selon un sondage Quinnipiac University paru mercredi, 77% des démocrates pensent qu’un élu accusé de harcèlement sexuel doit démissionner, contre seulement 51% des républicains. Le Sénat ne compte que 21 femmes, 16 démocrates pour 5 républicaines. A la chambre, le ratio est d’une pour trois: 62 démocrates pour 21 républicaines, soit 83 élues sur 435. Lors d’un précédent scandale sexuel – les accusations portées contre le juge suprême Clarence Thomas en 1991 -, une «déferlante» de femmes avaient été élues l’année suivante à travers le pays.

La démission d’Al Franken suit d’un jour celle du doyen de la Chambre des représentants, le démocrate du Michigan John Conyers, 88 ans, vétéran de la lutte pour les droits civiques, qui avait dédommagé avec l’argent des contribuables plusieurs femmes se plaignant d’agressions de sa part. Une «purge» qui vise à souligner le contraste avec les républicains: le président Donald Trump, lui-même accusé d’agressions par une douzaine de femmes en 2016, soutient officiellement un candidat au Sénat dans l’Alabama, Roy Moore, qu’une dizaine de femmes ont désigné comme leur agresseur lorsqu’elles étaient mineures.

Dans ces deux cas, les commentateurs conservateurs s’abritent derrière les dénégations des intéressés. Mais, alors que le magazine Time vient de désigner les femmes «ayant brisé le silence» comme personnalités de l’année, le «changement culturel» qui traverse la société américaine pourrait avoir un prix électoral pour le Parti républicain. «C’est le problème lorsqu’on passe un pacte avec le diable, le diable en change toujours les termes, commente le stratège républicain Rick Tyler dans le Washington Post. Maintenant le parti soutien un violeur d’enfants, le dommage risque d’être irréparable.»

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