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Aquarius : retour sur la passe d’armes entre Paris et Rome

Depuis le week-end dernier, l’avenir de l’Aquarius sème la discorde au sein de l’Europe. Le navire de sauvetage compte a son bord 629 migrants secourus au large de la Libye.

L’Italie et Malte refusent d’ouvrir leurs ports, l’Espagne accueille l’Aquarius

Dans la nuit de dimanche à lundi, le navire se trouve entre Malte et la Sicile et attend de pouvoir débarquer les migrants dans un port. Selon un tweet de SOS Méditerranée France, «l’Aquarius a reçu l’instruction du Centre de coordination des secours maritimes italien (IMRCC) de rester en stand-by à sa position actuelle, soit 35 milles nautiques de l’Italie et 27 milles nautiques de Malte». Matteo Salvini, ministre italien de l’Intérieur, refuse d’accueillir le bateau, suivi de près par Malte. Le premier ministre maltais Joseph Muscat annonce que son pays doit envoyer des ravitaillements à l’Aquarius.

Face à ces refus, l’Espagne prend les devants et annonce, lundi 11 juin, qu’elle est prête à accueillir les migrants de l’Aquarius. Le navire humanitaire doit accoster à Valence, à l’est de l’Espagne, vendredi ou samedi. «Il est de notre obligation d’aider à éviter une catastrophe humanitaire et d’offrir un ‘port sûr’ à ces personnes», est-il écrit dans le communiqué de la présidence du gouvernement. La décision du premier ministre Pedro Sanchez est largement soutenue dans le pays.

«Victoire», se félicité pour sa part Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur issu du parti d’extrême droite la Ligue.

La France juge l’Italie «irresponsable»

La réaction de la France, jusque-là restée silencieuse sur le sujet, arrive tardivement. Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, rapporte lors d’une conférence de presse mardi les propos du président français qui dénonce «la part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien». Le président aurait précisé: «Si le navire s’était retrouvé près des côtes françaises, il aurait pu accoster en France en vertu du droit européen» tout en utilisant le droit maritime pour justifier son manque de proposition: «En cas de détresse, [c’est] la côte la plus proche qui assume la responsabilité de l’accueil.»

«La France prend sa part, mais ce qui est inacceptable, c’est le comportement et l’instrumentalisation politique qui en a été faite par le gouvernement italien», appuie le porte-parole. Dans un Tweet, Benjamin Griveaux appelle à «revoir et réformer [les] règles européennes en matière de politique migratoire (…) La France et l’Allemagne feront fin juin une proposition ambitieuse, dans la lignée du discours de la Sorbonne du président Emmanuel Macron.»

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L’Italie dénonce les «leçons hypocrites» de la France

Immédiatement, le président du Conseil italien réagit en indiquant que les déclarations françaises sont «surprenantes». «L’Italie ne peut accepter de leçons hypocrites de pays ayant préféré détourner la tête en matière d’immigration», dénonce-t-il. Dans la foulée, la rencontre prévue le mercredi entre Bruno Le Maire, ministre des Finances, et son homologue italien est annulée «à la demande des Italiens», selon le ministre français. «Nous espérons que cette rencontre pourra avoir lieu très vite», poursuit-il, appréhendant le prochain sommet européen qui doit se dérouler les 28 et 29 juin.

Les politiques italiens s’emparent du sujet et ne manquent pas de se révolter sur les réseaux sociaux. Le vice-premier ministre Luigi Di Maio, à la tête du Mouvement 5 Étoiles, explique que l’Italie attend que l’accueil des migrants soit partagé équitablement au sein des pays de l’Union européenne. «La France repousse quotidiennement les migrants à Vintimille. La France et l’Espagne ont fermé leurs ports depuis longtemps», publie-t-il sur Facebook.

• Mercredi, l’Italie exige des excuses

Mercredi, l’Italie demande des excuses officielles à la France. «Si [elles] n’arrivent pas, le premier ministre Conte fera une bonne chose en n’allant pas en France», déclare Matteo Salvini, en faisant référence au sommet prévu entre Giuseppe Conte et Emmanuel Macron à l’Élysée vendredi 15 juin. Il invite le président français à «passer de la parole aux actes et à donner un signal de générosité» en accueillant ces migrants. «Les Italiens n’ont rien à apprendre en termes de solidarité. Notre histoire ne mérite pas d’être abordée en ces termes par les représentants du gouvernement français. J’espère qu’ils présenteront leurs excuses», assène-t-il dans un Tweet.

Le Quai d’Orsay tente d’apaiser les tensions: «Nous sommes parfaitement conscients de la charge que la pression migratoire fait peser sur l’Italie et des efforts que ce pays fournit. Aucun des propos tenus par les autorités françaises n’a bien entendu remis cela en cause».

Depuis la Vendée, Emmanuel Macron appelle à ne pas «céder à l’émotion que certains manipulent» sur l’affaire de l’Aquarius et assure que la France «travaille main dans la main avec l’Italie» pour gérer les flux migratoires.

Paris apaise les tensions: une «conversation cordiale»

Dans la nuit de mercredi à jeudi, Emmanuel Macron s’entretient avec Giuseppe Conte. Une «conversation cordiale» d’après la ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau. Finalement, l’Élysée confirme que la rencontre entre le chef de l’État français et le premier ministre italien aura bien lieu vendredi à Paris.

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